Secouons les journalistes
Dans son édition du lundi 7 janvier 2008, le quotidien Le Monde s’est entretenu avec le journaliste Jean-François Kahn, à propos de l’évolution de la presse en France. Dans cet entretien intitulé « Secouons les journaux… tant qu’il en reste », l’ancien dirigeant du magazine « Marianne » parle de la crise traversée par les journaux traditionnels ces dernières années. Plus qu’une retranscription de l’interview, c’est l’intéressante analyse du journaliste que cet article abordera.
Interrogé sur l’état actuel de la presse écrite, Jean-François Kahn aborde le sujet en resituant la crise dans son contexte général. Les medias traditionnels semblent rejetés dans leur globalité, et le journaliste pointe du doigt une faille du système démocratique, où responsables politiques et patrons de presse entretiennent des liens très étroits, faisant d’ailleurs référence au rapport de Sarkozy avec TF1. Il évoque ensuite les obstacles techniques auxquels sont confrontés les journaux, qui doivent faire face à des coûts de distribution qui réduisent considérablement le nombre de titres dans les kiosques. La presse doit donc selon lui réagir, notamment pour faire face à la concurrence « déloyale » des journaux gratuits. Il déplore à ce titre que les instances de régulation ne soient pas intervenues pour protéger le marché de l’information de cette intrusion.
A propos du contenu de la presse dans le panorama actuel, Jean-François Kahn se plaint que les journaux ne polémiquent plus assez les sujets politiques, se rapprochant du consensus général, ou se positionnant de telle manière qu’ils déplaisent aux lecteurs. Il prend ainsi l’exemple de la violence des mots de Serge July à l’encontre des lecteurs ayant voté « non » à la Constitution européenne. Du côté des annonceurs, il existe également un rejet de la part des annonceurs pour qui la publicité n’est plus assez rentable, et qui contestent la forme et les contenus des publications. Le métier de journaliste se transforme, et les modes d’écriture doivent être rénovés. L’évolution du langage, qui tend selon Jean-François Kahn à un « appauvrissement » du vocabulaire et des références des lecteurs, oblige les journalistes à devoir réadapter leur style, avec des articles par exemple plus accrocheurs. C’est donc toute l’organisation des méthodes de travail qui est à revoir, afin d’obtenir plus de polyvalence et de responsabilisation.
Jean-François Kahn termine finalement l’entretien par un commentaire sur la relation des journalistes avec Nicolas Sarkozy et appelle à une « autocorrection » de la part des journalistes pour ne pas devenir un instrument présidentiel. Il conclut enfin son analyse en signalant que si les médias traditionnels ont perdu la confiance de leurs lecteurs, c’est qu’ils n’ont pas su discréditer les contenus incontrôlés d’Internet qui participent aujourd’hui à leur crise.
Il s’agit donc d’une analyse générale mais nécessaire à la compréhension de l’état de la presse française aujourd’hui, qui touche de près le métier de journaliste. Elle est d’autant plus intéressante qu’elle est faire pas un spécialiste et professionnel, qui est à la fois observateur et acteur de ce phénomène.
Flavie André
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